L’anglais langue seconde: le complexe d’un peuple

AnglaisDernièrement à la une du quotidien Le Soleil, on rapportait une hausse de demande pour accéder au seul cégep anglophone de l’est du Québec, celui de Champlain-St.Lawrence. Cet article me rapporte au printemps 1995. À l’époque, je suis à ma cinquième année du primaire. Notre commission scolaire met en place le Programme enrichi d’anglais. Sans me rappeler les raisons, je m’inscris sans tarder. Je suis loin de me douter que je n’ai aucune chance d’y être admis. En remplissant le formulaire, ma mère le savait-elle ? Voulait-elle me protéger ? Faudrait lui demander.

Je n’avais aucune chance parce que voilà déjà 5 années scolaires que mes notes étaient douteuses, que mon comportement laissait à désirer, bref, que je n’étais pas un premier de classe. Pour toutes ses raisons, on décida de m’enlever un outil de facilité dans la vie en me refusant l’accès. Par ces mêmes raisons, on m’enlevait la confiance en moi et on me remettait un complexe que j’avais encore, récemment, 20 ans plus tard.

Je sais, le Programme enrichi d’anglais impliquait beaucoup de travail. C’était la sixième année condensée donc forcément très difficile pour un élève moyen. Ce n’était pas le temps de faire de la discipline. Et après ? On ne parle pas d’un voyage de fin d’année à New York où l’on cherche à récompenser les « bols » et à punir les « bums », on parle de l’anglais qui peut nous servir toute notre vie.

Parce que ce foutu programme aurait pu servir à moi et à une multitude de camarades, à comprendre, lire et écrire la langue internationale. Tantôt, à comprendre les paroles d’une chanson, tantôt à recevoir une promotion. Ce programme, n’aurait pas dû et ne devrait pas être une option, il devrait être un passage obligé !

Pire encore, au secondaire, les « bols » étaient invités à apprendre davantage l’anglais ou s’initier à l’espagnol pendant que les « bums » avaient de l’éduc. Quel préjugé offert gracieusement par le Ministère !

Pourquoi en 2016 nos enfants ne sont-ils pas bilingues en sortant du secondaire ? Les instances veulent-elles nous isoler du reste du monde ? Si tel est le cas, traduisons-les en justice et enfermons-les ! S’ils souhaitent faire de nous des abrutis, ils sous-estiment notre intelligence et ne méritent pas de voir à notre éducation. Car, il n’est pas rare de voir un peuple parler différentes langues et je doute que les Québécois n’en soient pas capables. Quant à moi, 20 ans plus tard, j’ai décidé de prendre le tout en main par des cours particuliers. Je remercie mes professeurs pour leur patience, car mon cerveau n’est plus éponge.

Évidemment, parce qu’on est entouré d’une mer d’anglophones, nous avons le devoir de protéger notre langue maternelle. Mais, jamais au détriment du bilinguisme. Nous devons différencier les pommes des oranges, la culture de l’éducation.

Quand ma sœur me mentionne à quel point son déménagement du Saguenay vers la frontière du Québec et de l’Ontario aura été bénéfique pour l’anglais de mes neveux, je me réjouis. Quand je vais aux États-Unis avec mon chum et qu’il n’est pas capable de se commander un « gin tonic », je me bidonne. Mais quand je pense à ses enfants qui n’auront pas une chance égale à mes neveux d’apprendre l’anglais en étant au Saguenay, je suis inquiet. Je suis inquiet parce qu’on nous fait croire que l’égalité est pour tous. Or, c’est difficile de croire à l’égalité quand la langue la plus parlée au monde est à apprendre dans les rues et non dans les classes.

M. le Ministre de l’Éducation, avant de vous questionner sur l’introduction des iPad dans les écoles pour apprendre à nos enfants à « pitonner » organisez-vous donc pour que la première étape lorsqu’ils ouvriront la tablette ne soit pas d’aller dans les paramètres pour remplacer l’anglais par le français parce qu’ils ne comprennent « nothing » !


2 réflexions sur “L’anglais langue seconde: le complexe d’un peuple

  1. Quelle véracité! Native de la région 02, je me souviens de l’époque où je percevais l’anglais comme étant peu important à intégrer dans mon quotidien. J’avais peur de perdre mon français! Aujourd’hui, dans la quarantaine, je sais que l’anglais m’aurait servi dans bien des situations qui furent humiliantes. Le bilinguisme m’aurait permis d’être traité sur un même pied d’égalité au travail, car tel qu’il est écrit dans l’article mon cerveau n’est plus une éponge !

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