Quand ta région appartient à une corporation

alcanLa décision d’Alcan (excusez-moi d’utiliser ce bon vieux nom, il n’aurait juste pas dû disparaitre) de supprimer une centaine d’emplois dans son usine de Grande-Baie me rend triste. D’habitude, ceux qui me côtoient connaissent mon penchant pour l’employeur lorsque j’ai à choisir entre celui-ci et les employés dans un conflit. Probablement mon côté entrepreneurial. Dans ce dossier par contre, je ne compte pas prendre parti, seulement décortiquer le mal de vivre de ma région natale, celui d’appartenir à une corporation.

Jeune, notre « rêve américain » à la plupart d’entre nous, natif du royaume, était celui de travailler à l’Alcan. C’était normal; gros salaire, grosses conditions. Grosse maison, machines pour les quatre saisons. Chalet sur les monts, voyage à raison d’une fois par année. Le tout, sans trop se poser de question.

Nul n’est mon intention de mépriser quiconque. Je me suis fait moi-même prendre au jeu par ce mirage. Au tournant des années 2000, on parlait, sans prétention, de la Vallée de l’Aluminium. On nous promettait des jobs en lien avec le métal blanc, des usines de transformation, toutes sortes de patentes à salaire mirobolant. J’ai fait mon DEP en fonderie. Encore là, la commission scolaire, endormie par toutes ces conneries, avait investi dans une machine à extrusion…je pense qu’elle n’a jamais servi. Les profs eux, nous menaçaient de ne pas nous servir les stages bien payés dans notre région si nous n’avions pas un comportement honnête. Tout ce que je vous mentionne ci-haut, c’était de la bullshit; l’usine de pare-chocs a fermé après quelques mois d’opération, les stages à Alcan n’étaient pas rémunérés et tu n’avais pas de chance d’y demeurer après celui-ci. Le jouet acheté à gros frais par la commission a été revendu. Même si j’ai été exemplaire, j’ai eu un stage dans une fonderie de Montréal à piler du lingot de zinc et à me contaminer la tête de plomb.

Je ne regrette pas ce parcours amer. Il m’a mené là où je suis aujourd’hui. Je ne suis plus dans la région, je suis loin d’exercer une profession en lien avec cette illusion. Par contre, j’ai une pensée pour ma génération, originaire de cette région, qui est dépendante des soubresauts de Rio Tinto. Cette génération qui doit toujours craindre pour sa job à l’usine. Cette usine, propriété d’une corporation qui détient des barrages sur nos rivières et qui revend à gros prix à notre société d’État, en l’occurrence Hydro-Québec. Celle qui a une entente avec le gouvernement et qui, par-dessus tout, est appuyée par notre bon premier ministre du Québec, lui-même, qui est député de Roberval. Si tu perds ta job à l’usine, avouons-le, tu es foutu. Foutu, car tu ne te trouveras jamais pareil emploi dans cette région. En fait, tu es même en droit de te demander si tu retrouveras un emploi là-bas. C’est un triste destin.

À qui la faute? À nos parents qui nous ont vendu ce rêve, mais qui étaient, au fond et sans le savoir, les derniers à en bénéficier? À la corporation qui a acheté trop cher un fleuron il y a maintenant près d’une décennie? À nos gouvernements qui nous ont fait croire que c’était possible de transformer à des milliers de kilomètres des grands marchés ou à notre génération trop naïve et dépendante de sa mère patrie? Finalement, à un syndicat qui pense à ses intérêts avant celles de ses membres. Un peu de toutes ces réponses. Il reste maintenant à espérer que ces intervenants se parlent avec franchise pour trouver des solutions, revoir l’éducation et sauver notre région de l’emprise d’une corporation.


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